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Les écologistes au Conseil de Paris

Texte introductif à la journée inaugurale de l’exposition « Les fantômes de la république »

Les « fantômes de la République » ouvrent le centenaire

par le général André Bach

vendredi 31 janvier 2014

Suite aux demandes répétées des écologistes, une exposition sur les « Fusillés pour l’exemple » de la Première Guerre mondiale se tient à l’Hôtel de Ville

POURQUOI CETTE EXPOSITION ? POURQUOI SURTOUT LA LANCER EN OUVERTURE DES COMMEMORATIONS, N’Y A-T-IL PAS d’autres sujets prioritaires à évoquer ?

I C’est d’évidence historique

L’été 1914, c’est pour la France un gigantesque moment d’angoisse : Nos armées dans la 2° quinzaine du mois d’août sont partout battues. Paris se vide. On imagine avec terreur la répétition de la défaite de 1870 avec tout ce qu’elle a entraîné, notamment justement dans la capitale.

Le Haut Commandement donne une explication au pouvoir politique dès le 21 Août : C’est la troupe qui a fléchi. Face à cela, il demande des moyens de coercition hors du commun. Le pouvoir les lui accorde. On fusille dès lors pour l’exemple. Pour l’exemple aussi, en quelques mois, face à cette apparente incompétence, on limoge 162 généraux en pleine bataille, fait unique dans les armées belligérantes.. Les fusillés ne sont en ces mois d’août et septembre que peu de choses au milieu des 330 000 Tués,blessés et disparus de cette période mais ils sont entrés dès lors dans l’histoire et dans la MEMOIRE du fait des conditions dans lesquelles ils ont été condamnés et mis à mort

II C’est devenu un « fait de mémoire »

De fait d’histoire, les exécutions de 1914-1918 « pour l’exemple » sont devenus fait de mémoire.

La mémoire n’est pas l’histoire.

La mémoire est sociale, sourd de la société, naît et se développe en son sein. Elle ne s’appuie pas sur la rationalité, ne la recherche pas. Elle apparaît parfois de manière inattendue, est polymorphe et se reconfigure en permanence en fonction d’impératifs du présent. Elle peut paraître assoupie pendant des décennies pour se rappeler violemment à l’existence sans qu’on puisse trouver d’explications rationnelles à ce ou ces rejeux mémoriels.

La mémoire se présente sous forme questionneuse, soupçonneuse, inquiète, douloureuse parfois et interpelle ( agresse ?) les pouvoirs publics avec des demandes floues qui tournent autour du sentiment que dans le passé il n’y a peut-être pas eu administration d’une saine justice.

Elle rassemble des groupes humains. Elle est forcément clivante, rebelle, minoritaire. Elle pose justement un problème au politique qui lui, naturellement, recherche tout ce qui peut unir, créer de la cohésion, alors qu’elle est facteur de réticence , de résistance au roman national. Elle ne peut s’y fondre qu’après qu’il a été fait preuve qu’elle a été justement prise en compte par les pouvoirs publics et surtout par la communauté nationale..

On trouve cela dans la mémoire des Fusillés Comment aborder citoyennement ce phénomène qui ne se laisse pas apprivoiser facilement ?

III Priorité aux travaux des historiens

Classiquement et fort justement on fait appel aux historiens. Ce sont eux qui, par leurs recherches empiriques au moyen du croisement analytique des archives tentent d’approcher au plus possible de la réalité du passé qui a généré les faits de mémoire. Ils apportent faits, chiffres, le tout contextualisé. Devant le fait de mémoire, il faut avoir le souci d’accompagner les résultats de recherche de beaucoup de transparence et de pédagogie, veiller à mettre à disposition les sources à la base des recherches pour éviter le soupçon de privilégier un aspect plutôt qu’un autre.

Car le soupçon arrive vite en mémoire

L’Historien est à l’aise tant qu’il présente des preuves archivistiques. Il en est tributaire mais il n’arrête pas sa réflexion quand celles ci se raréfient. Au-delà il conceptualise et émet des hypothèses, des paradigmes, termes scientifiques bien identifiés. Il quitte le domaine de la preuve irréfutable pour entrer en dialectique. A ce moment il est plus en difficulté par rapport à la mémoire. Les mémoires conflictuelles, face à ces constructions intellectuelles, ne les regardent que comme des opinions parmi d’autres et si elles ne sont pas convaincues par elles s’en détournent ou les combattent.

IV Les Historiens mais pas que…

L’historien a en effet en face de lui d’autres acteurs qui sont à la source et à l’alimentation évolutive de la mémoire.

41 Les familles descendantes de fusillés Dans le cas qui nous occupe et parce que les événements à la naissance de cette mémoire ne datent que d’un siècle, il y a tout d’abord les hommes et les femmes qui ressentent encore les stigmates d’actes qu’ils ressentent soit comme marqués d’une profonde injustice soit comme de toutes façons douloureux. Il s’agit de ceux et celles qui composent les familles de descendants de fusillés.

42 Le monde artistique Ensuite il faut compter avec le monde artistique. On ne sait pas mesurer la vivacité d’une mémoire, son plus ou moins grand enracinement dans la société, mais il est un fait qu’un des marqueurs certains de l’existence de cette dernière est le nombre de productions artistiques qu’elle fait naître. Les artistes subliment, transfigurent la mémoire dans une approche a-historique. Comment ne pas évoquer le roman de Jules Lemaître, prix Goncourt 2013 dont le titre « Au revoir là-haut » est la copie des derniers mots du caporal Jean Blanchard, fusillé le 4 décembre 1914 avec 5 de ses camarades et dont la trame du roman est une ricanante contestation du discours officiel mémoriel sur la guerre.

43 Les associations militantes Enfin après les historiens, les familles, les artistes il faut distinguer les associations qui se positionnent par rapport à cette mémoire. Ces dernières intègrent dans leur conception de la cité, de son destin une lecture de cette mémoire et alimentent par leurs prises de position argumentées, contestaires, le débat mémoriel.

V Présentation de cette journée et de l’exposition

L’exposition est partie de ce constat en veillant à n’oublier aucune de ces composantes car elles seules peuvent nous permettre de progresser ensemble dans la saisie de cette insatisfaction qui perdure, cette impression de malaise autour de cette question des exécutions à grand spectacle qui se sont produite au cours de ce siècle, qui, décrit par les uns comme un siècle charnière, a été en tout cas un siècle charnier.

Dès aujourd’hui vous allez donc retrouver ces quatre acteurs

51 L’Histoire Ce matin place à l’histoire empirique : les faits , les chiffres issus des dernières découvertes archivistiques. Il s’agit de délivrer de l’information concentrée. Nous ne sommes pas dans un colloque universitaire pour en débattre, mais dans une démarche qui vise à assurer que les rejeux de mémoire s’appuient des faits vérifiés et non sur des rumeurs.

En début d’après –midi nous serons encore dans l’histoire en train d’étudier scientifiquement l’envol, l’évolution et les transformations de cette mémoire depuis la Grande Guerre, tout en ouvrant le débat.

52 La Mémoire L’historien s’effacera ensuite pour laisser place à une table ronde qui verra successivement entrer en scène les acteurs évoqués plus haut, dans le but de libérer la parole citoyenne. Nous entendrons tout d’abord celle de 7 descendants de familles de fusillés de la 3° et 4° Génération. Ils nous diront comment leurs familles ont traversé cette plongée dans la nuit du déshonneur et ce qu’il leur reste aujourd’hui de ce qui est pour eux, par rapport à la communauté nationale « une affaire de famille » Nous nous tournerons ensuite vers les artistes dans toutes les formes d’expression pour écouter ce qui a fait qu’ils se sont mis à produire des œuvres en rapport avec cette problématique et ce que cela leur a apporté. Il sera temps alors de faire réagir le dernier important acteur sur la scène publique : les associations. Nous formons le vœu que pour en tirer le maximum de richesse en argumentations la table ronde contribue à un échange croisé, un espace de parole citoyenne entre ces trois acteurs à qui on laisse si peu souvent la parole dans les médias, et ce pour notre plus grand profit. Aucune conclusion n’est à en attendre. A chacun de se faire un début d’opinion et de poursuivre sa réflexion en se nourrissant de ce qu’il va découvrir à l’exposition qui va être inaugurée avec vous à 17H 30.

Texte introductif à la journée inaugurale de l’exposition « Les fantômes de la république » proposé par le général André Bach

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